Institut des Hautes Etudes de l'Amérique latine
Centre de recherche et de documentation sur les Amériques

Nouvelles approches du fait colonial. Dialogues Amériques / Océanie

8 octobre 2018, 9h00-18h30

Journée d'étude internationale CREDA-IHEAL / CAPES-COFECUB 

Avec le soutien de l'ANR Mécaniques amérindiennes et de l'Iris-EHESS

 

Nouvelles approches du fait colonial. Dialogues Amériques / Océanie

 

Lundi 8 octobre 2018, de 9h à 18h30

Maison de la Recherche de l'université Sorbonne Nouvelle,

Salle du conseil

4 rue des Irlandais

75005 Paris

 

 

Organisée par Capucine Boidin (CREDA/IHEAL), Julie Métais (LAHIC-IIAC/EHESS), Anna Pomaro (IRIS/EHESS) et Nicolas Richard (CREDA/IHEAL)

 

9h15. Accueil des participants et café

10h. Introduction de la journée - Julie Métais et Anna Pomaro

10h20. Présentation de l’ouvrage O nascimento do Brasil e outros ensaios. « Pacificação », regime tutelar e formação de alteridades, en présence de l’auteur - João Pacheco de Oliveira (Museo Nacional-PPGAS/UFRJ)

10h50. Tupi or not Tupi, une langue amérindienne en situation coloniale - Capucine Boidin

11h10. Retour à la Terre sans Mal : de l’anthropologie historique à l’histoire de la guaranologie - Pablo Barbosa (UFSB)

Discutant. Alban Bensa (IRIS-EHESS)

Pause déjeuner pour les intervenants

Colonialités du savoir ?

14h. Anthropologie et histoire coloniale - Alban Bensa.

15h. Repenser le colonialisme : un mot d'ordre et ses déclinaisons dans le Pacifique français (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie) - Marie Salaün (CANTHEL/Paris-Descartes)

15h20. Colonialité de l’image : constructions photographiques des indiens du Chaco - Mariana Giordano (IIGHI-CONICET/UNNE)

15h40. Algodón, mano de obra y esclavitud polinésica en el Perú: dimensiones regionales de un problema de historia global, 1861-1865 - Milton Godoy (Universidad Academia de Humanismo Cristiano)

16h. ¿Colonialidad, neocolonialidad, postcolonialidad?: la construcción discursiva sobre el "indio" en Chile en la temprana república: 1810-1850 - Viviana Gallardo Porras, (Universidad Academia de Humanismo Cristiano)

16h20. Les dilemmes de l’histoire mapuche et tehuelche dans l’histoire récente - Julio Vezub (CONICETInstituto Patagónico de Ciencias Sociales y Humanas)

16h40. Formes comparées de colonialité en Amérique du sud : une approche à travers le rapport aux machines - Nicolas Richard (CREDA-IHEAL)

PAUSE

17h30. Table-ronde/discussion finale animée par Capucine Boidin et Nicolas Richard.

 

Argumentaire

Pour cette journée d’études, nous proposons de réfléchir à l’articulation entre le colonial et le national dans la production des situations autochtones à partir d’études de cas Américains et Océaniens. En effet, le fait colonial, ou le versant impérial et néocolonial des projets nationaux, est constitutif de toutes les situations qui nous intéressent aux Amériques comme en Océanie. Il s’agira d’éclairer comment les États-Nations, depuis leur constitution à partir de la toute fin du 18e jusqu’à aujourd’hui, cherchent à résoudre les tensions entre leurs intérêts coloniaux, impériaux et nationaux, et à travers quels dispositifs (pratiques, narratifs, etc.) ces États ont tenté d’inclure ou d’exclure, parfois les deux choses à la fois, les populations locales dans leurs projets de construction d’État et de Nation. Quels sont les points communs et les différences entre les contextes nationaux et continentaux ? Peut-on dire que la colonialité du pouvoir et du savoir est comparable, voire identique dans les deux régions au-delà des différences chronologiques et impériales ? Les États-Nations latino-américains sont nés de la prise d’indépendance vis-à-vis des empires coloniaux européens formés à l’époque moderne. Pour les peuples amérindiens, cela a signifié, entre autres choses, être transférés d’autorités d’ancien régime, dont le siège est lointain, à celle d'États-Nations au sein desquels ils sont inscrits, parallèlement à la conquête (ou l’annexion) de leurs territoires, désormais internes aux frontières nationales en construction. Il s’agit, dans ce cas, de conquérir les marges du territoire (par exemple, la « Conquête du désert » en Argentine ; la « Pacification de l’Araucanie » au Chili ; l’idée de « déserts (sertões) inconnues » ou de désert vert » au Brésil et au Paraguay, etc.). Ce sont alors de nouveaux rapports de domination/force (néocoloniaux, postcoloniaux) qui s’établissent à partir des indépendances du début 19e (Pacheco de Oliveira, 2016). En Océanie, l’expansion et la conquête coloniale du 19e siècle coïncident avec la consolidation des États Nations en Europe. Il s’agit d’un processus de construction nationale (ou de consolidation nationale) de genre impériale, car on part à la conquête d’autres territoires et les populations colonisées sont soumises à l’autorité d’un État qui a pour centre la métropole européenne. Nous sommes donc face à deux mouvements en quelque sorte inversés, en miroir.Mais encore, comment se joue, dans ces différentes configurations, la construction des situations autochtones ? Renvoie-t-elle à des modèles radicalement différents, notamment si l’on considère les acteurs déployés sur le terrain (colons, missionnaires, administrateurs, etc.), les récits et les discours produits par les élites politiques, les hommes de science, et particulièrement les anthropologues (romantisme, métissage, évolutionnisme, progrès, etc.), les technologies mises en œuvre pour moderniser et conquérir les Autres (moteur, armes à répétition, train à vapeur, locomotives, etc.) et les institutions créées pour gérer ces populations et annexer et administrer leurs territoires (réserves, écoles, missions, travail obligatoire, recrutement militaire, etc.) ? Encore une fois l’échelle nationale permettra d’explorer pour mieux les comprendre de possibles recoupements entre un colonialisme national américain et un colonialisme impérial européen ; plus avant, elle permet de jeter une lumière sur des situations interstitielles qui complexifient toute tentative d’établir des typologies rigides. Le cas de la colonisation de l’Île de Pâques par la jeune république chilienne au 19e siècle ou l’annexion de territoires paraguayens par le Brésil à la fin de la Guerre de la Triple Alliance (1864- 1870) en sont quelques exemples qui éclairent le caractère impérial des colonialismes américains. Tous ces aspects seront autant de points d'ancrage pour poser des questions transversales à ces expériences déployées dans différents contextes continentaux et nationaux, mais aussi pour envisager les différentes façons d’en rendre compte, d’en faire l’histoire et l’ethnographie.

 

Pour plus d'informations : 

capucine.boidin@gmail.com

metais@ehess.fr

nicolasrichardv@gmail.com