Institut des Hautes Etudes de l'Amérique latine
Centre de recherche et de documentation sur les Amériques

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Le rôle économique des réseaux sociaux

Zoom sur « To Be or Not to Be a Member of a Grassroots Institution: Evidence from a Social Network Analysis in Rural Areas of Ghana », de Vera Chiodi et Francis Mulangu, chapitre de l’ouvrage Agricultural Supply Chains, Growth and Poverty Sub-Saharan Africa (Springer, 2017 ).

 
 

 

En 1965, Olson introduit une nouvelle vision du raisonnement économique en incorporant une analyse significative des interactions sociales et de leurs effets sur l’économie. Si ses travaux n’ont pas eu une répercussion immédiate en son temps, ils sont repris à partir des années 2000 pour donner naissance à une dense littérature socio-économique.

L’une des recherches menée dans ce sens a été réalisée par Vera Chiodi, (IHEAL-CREDA/Sorbonne Nouvelle-Paris 3) et Francis Mulangu (MCC Millennium Challenge Corporation). « To Be or Not to Be a Member of a Grassroots Institution: Evidence from a Social Network Analysis in Rural Areas of Ghana » est l’article qui expose une étude des réseaux sociaux de membres et non-membres d’organisations locales (les « Grassroots institutions ») au Ghana, publiée dans l’ouvrage Agricultural Supply Chains, Growth and Poverty Sub-Saharan Africa (Springer, 2017), dédié à l’analyse du secteur agricole africain.

Vera Chiodi et Francis Mulangu reviennent tout d’abord sur les travaux précédents menés dans ce domaine. Ces études mettent en avant la manière dont les réseaux sociaux affectent la performance économique des individus et des entités au niveau méso telles que les entreprises informelles. À partir des données récoltées dans les zones rurales d’Afrique, nombre de chercheurs avaient établi une observation : les grandes entreprises cultivent de larges réseaux d’innovation adaptés à leurs besoins en information sur les nouvelles technologies et les marchés quand les petits entrepreneurs opèrent au sein d’un petit réseau qui se consacre à réduire les asymétries d’information, à soutenir les crédits informels et les accords de partages de risques. Ces études révèlent également que les réseaux sociaux et le réseau familial avaient un effet positif sur la recherche d’emploi ou le lancement des petites affaires.

Néanmoins, l’analyse proposée par Vera Chiodi et Francis Mulangu vise à une approche différente à celle réalisée jusque-là. Mêlant données qualitatives et quantitatives récoltées dans neuf communautés rurales du nord du Ghana, ils mettent au centre de leur réflexion le rôle des institutions locales (Grassroots Institutions ou GRI par leur acronyme anglais) dans l’économie de ses membres à travers l’acquisition de réseaux sociaux plus élargis. En effet, peu de recherches auparavant avaient apporté des résultats statistiques concrets sur les stratégies de mise en place de réseaux sociaux de ces organes locaux, réputés pour favoriser une meilleure qualité de vie de leurs membres en potentialisant leur accès à d’autres organisations, à des ONG ou à des allocations gouvernementales spécifiques.

Partant d’approches déjà établies, les auteurs se concentrent sur les réseaux à l’intérieur et à l’extérieur d’une communauté dans le cadre d’une institution locale. A l’intérieur de ces institutions formelles, les membres vont interagir de manière différente au reste de la communauté permettant de dégager les effets de leur appartenance à la dite organisation. Très généralement ils constatent qu’en ayant des relations en dehors de la communauté, les GRI offrent à leurs adhérents un meilleur accès aux crédits et aux marchés externes, mais n’améliorent pas forcément leur accès au marché du travail ou à la terre, ce qui suggère l’existence des limitations structurelles dans l’accès généralisé à ces secteurs.

L’étude de Chiodi et Mulangu, aux côtés du reste des chapitres composant cet ouvrage, permet d’observer certains des facteurs internes qui empêchent le développement d’un secteur d’agrobusiness en Afrique subsaharienne. Si les observations faites au Ghana dévoilent que les organisations locales peuvent potentialiser les revenus des petits agriculteurs, elles donnent aussi des éléments pour approfondir la recherche empirique sur les effets des réseaux sociaux dans des contextes ruraux, afin d’informer la prise de décisions et la planification de politiques publiques spécifiques.

 

 

Chiodi V. et Mulangu F., "To Be or Not to Be a Member of a Grassroots Institution: Evidence from a Social Network Analysis in Rural Areas of Ghana", in N. Depetris Chauvin et al., Agricultural Supply Chains, Growth and Poverty in Sub-Saharan Africa, Advances in African Economic, Social and Political Development, Berlin, 2017. DOI 10.1007/978-3-662-53858-6_10


©  IHEAL-CREDA 2017 - Publié le 30 juin  2017 - La Lettre de l'IHEAL-CREDA, n° 7, juillet 2017.