Institut des Hautes Etudes de l'Amérique latine
Centre de recherche et de documentation sur les Amériques

Les Amériques en perspective connectée, hommes, pratiques et savoirs

Coordination :

Olivier Compagnon (professeur d'histoire contemporaine)

David Dumoulin (maître de conférences en sociologie)

 

PRÉSENTATION DE L'AXE

Cet axe structurant du CREDA pour le contrat quinquennal 2014-2018 s’inscrit dans le prolongement direct des travaux réalisés, à partir de 2007, au sein de l’axe alors intitulé « Le triangle Amérique latine – Europe – Amérique du Nord : circulation des savoirs et des pratiques culturelles ». Il repose en effet sur une appréhension de la région latino-américaine mettant l’accent sur les multiples connexions ou dynamiques circulatoires qui, d’une part, existent en son sein et qui, d’autre part, la lient au reste du monde. Nouvellement intitulé « Les Amériques en perspective connectée : hommes, pratiques, savoirs » (APC), cet axe propose des inflexions problématiques importantes par rapport aux travaux menés durant la période précédente, susceptibles de renouveler profondément les questionnements de cette équipe de recherche.

 

LES INFLEXIONS GÉOGRAPHIQUES

En lien direct avec le projet pluridisciplinaire porté par l’Institut des Amériques, le premier enjeu de l’axe APC vise à renforcer la dimension interaméricaine ou hémisphérique de la réflexion en s’appuyant sur de nombreux travaux en cours au sein du laboratoire : ainsi ceux de Marie-Laure Geoffray sur les cultures contestataires électroniques unissant l’espace caribéen – et notamment Cuba – aux Etats-Unis ou ceux de Diana Senior Angulo (doctorante) sur la référence états-unienne dans la construction d’une citoyenneté des Afro-descendants en Amérique centrale dans la seconde moitié du XXe siècle. D’un point de vue théorique, ces travaux permettront de mettre l’hypothèse d’un espace hémisphérique des sciences sociales à l’épreuve de l’analyse et de (re)discuter la notion d’aire culturelle.

Par ailleurs, alors que les travaux de l’axe « Le triangle Amérique latine – Europe – Amérique du Nord » ancraient prioritairement la réflexion dans un espace atlantique qui excluait de fait l’Afrique, ceux de l’axe APC adopteront une perspective résolument globale. Ils accorderont ainsi une place centrale à une série de recherches en cours au sein du laboratoire : par exemple celles d’Isabelle Lausent-Herrera sur les migrations chinoises à destination des Amériques ; celles de Renée Fregosi sur les nouvelles formes d’autoritarisme qui se déploient au cœur des démocraties contemporaines – du Honduras jusqu’au Mali en passant par le Paraguay ou certains pays d’Europe orientale ; ou celles, plus récentes, de Camille Forite (doctorante) sur la dimension africaine de la politique extérieure vénézuélienne depuis la fin des années 1990.

Enfin, une attention particulière sera accordée aux connexions existant au sein même de la région latino-américaine, qu’il s’agisse des mouvements migratoires importants qui se développent depuis quelques années à destination des pays connaissant une forte croissance économique ou de matrices plus anciennes ayant participé à la constitution d’espaces interconnectés (ANR LANGAS sur les langues générales sous la direction de Capucine Boidin; thèse d’histoire d’Hélène Veber sur le traité Argentine-Brésil-Chili de 1910)

 

LES INFLEXIONS SOCIALES

Au-delà de la dimension horizontale des phénomènes de circulation unissant des espaces différenciés, les travaux de l’axe APC accorderont une place importante à la circulation des pratiques et des savoirs entre catégories sociales selon une approche plus verticale de la réflexion. De même qu’en termes spatiaux les circulations ne se jouent pas seulement de « centres » présumés (les Etats-Unis, l’Europe) vers des « périphéries » désignées mais répondent à des logiques complexes de circularité et d’allers-retours (travaux d’Olivier Compagnon, sur les circulations transatlantiques dans le monde catholique du second XXe siècle), il s’agira d’analyser à la fois selon quels mécanismes des savoirs/pratiques d’élites ou d’experts se diffusent au plus profond des sociétés, mais aussi dans quelle mesure se déploient également des mouvements ascendants permettant la reconnaissance et la légitimation de savoirs/pratiques initialement considérés comme marginaux (thèse d’histoire de Manuel Rodriguez sur la reconfiguration des cultures urbaines dans le Rio de Janeiro des années 1920).
Ainsi que le démontrent les travaux en cours de David Dumoulin sur la constitution des savoirs scientifiques ou sur la « mise en tourisme » de certaines régions latino-américaines, il conviendra d’articuler cette perspective sociale des dynamiques circulatoires avec l’approche spatialisée – autrement dit de penser ensemble les dimensions horizontale et verticale de la réflexion – afin de rendre compte de la complexité de ces phénomènes, mais aussi de penser les outils théoriques permettant de rendre compte de la perméabilité sociale des pratiques et des savoirs au-delà de notions traditionnelles telles que celles de la « capillarité sociale ».

 

PROJETS

Le projet structurant porté par l'axe APC lors du contrat 2014-2018 est le Dictionary of Transatlantic Cultural History, réalisé en collaboration avec l'Université de Versailles - Saint-Quentin en Yvelines, l'Université de Sao Paulo et l'Université de Californie à Berkeley (voir le fichier pdf de présentation ci-dessous). Ce projet a été retenu pour financement par l'ANR et la Fapesp pour la période 2016-2020. 

Par ailleurs, l'axe APC organise du 4 ou 8 juillet 2016, en collaboration avec Sciences Po, l'Université Paris-Diderot, la Humboldt State University de Californie et l’Asociación Alexander von Humboldt (Alicante), un colloque international intitulé "Sciences, savoirs et politique: Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland entre Europe et Amérique latine". 

 

ÉLÉMENTS DE BIBLIOGRAPHIE

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