Institut des Hautes Etudes de l'Amérique latine
Centre de recherche et de documentation sur les Amériques

Socio-histoire du religieux en Amérique latine (XIX-XXe siècles)

enseignant(s): 
Olivier Compagnon
Année: 
2019-2020
Présentation: 

Ce cours vise à analyser, dans une perspective pluridisciplinaire croisant les apports de l’histoire, de la sociologie et de l’anthropologie, les bouleversements qui ont affecté le champ religieux latino-américain depuis les Indépendances et, plus précisément, lors des soixante-dix dernières années. Il vise également à interroger un certain nombre de notions classiques des sciences sociales du religieux – modernité, sécularisation, laïcisation, etc. – afin d’en éprouver la validité dans le champ religieux latino-américain.

Le point de départ de la réflexion réside dans le monopole confessionnel que l’Église catholique détient durant la période coloniale et qui n’est pas réellement remis en cause au XIXe siècle malgré l’irruption de la modernité libérale. À partir de la Seconde Guerre mondiale, l’Église catholique connaît toutefois d’importantes mutations internes qui remettent en question son unité : crise des vocations, dialogue entre chrétiens et socialistes, essor du christianisme de libération, etc. Dans le contexte de l’aggiornamentopromu par le concile Vatican II, elle voit aussi son monopole confessionnel menacé par la croissance exponentielle des Églises évangéliques, qui font des catégories sociales les plus défavorisées leur première clientèle et participent à l’émergence d’un climat concurrentiel dans l’administration des biens du salut. Entre 1978 et 2005, Jean Paul II tente de répondre à cette double crise du catholicisme sans parvenir à freiner la fragmentation du champ religieux ni à résoudre un certain nombre de contradictions internes aux Églises latino-américaines. A partir de 2005, son successeur Benoît XVI promeut une vision résolument conservatrice du monde et de la doctrine catholique, qui contraste fortement avec les aspirations à la modernisation qui parcourent les sociétés latino-américaines, tandis que l’élection du premier pape latino-américain en 2013 jette les bases d’une nouvelle relation entre Rome et les Églises latino-américaines sans que, pour autant, ne se démente le poids croissant des églises évangéliques.

En l’espace de trois quarts de siècle, l’ensemble de ces mutations a donc profondément transformé le champ religieux et entraîné une reconfiguration des relations entre le plan temporel et le plan spirituel, entre politique et religion.  

 

Contact: olivier.compagnon@sorbonne-nouvelle.fr