Institut des Hautes Etudes de l'Amérique latine
Centre de recherche et de documentation sur les Amériques

Edito

Les Latinos ont-ils vraiment assuré la victoire du président Barack Obama pour un second mandat ?

Cynthia Ghorra-Gobin

Au lendemain des élections présidentielles américaines, les médias ont affirmé que les Latinos avaient assuré la victoire du président au même titre que les Africains-Américains.  Certes plus de 71% des électeurs latinos ont voté pour le président Barack Obama --alors que le gouverneur Mitt  Romney n’en a recueilli que 24%-- et 93% des Africains-Américains se sont prononcés pour Obama.  La question est pertinente même si elle mérite d’être nuancée du fait que les Noirs (deuxième minorité)  représentent 13%  de l’électorat alors que ce chiffre est de 10% pour les Latinos (première minorité).  Elle témoigne en fait d’une priorité désormais accordée aux Latinos dans l’opinion publique et des représentations liées à l’accès à  la présidence.  Comme l’indique le dernier recensement, les Latinos comptent 50,5 millions d’habitants, ce qui représente 16% de la population du pays.  Ce point de vue n’avait pas échappé au président Obama qui peu avant les élections avait pris des mesures en faveur des jeunes relevant de l’immigration illégale en leur accordant un permis de travail pour une durée de deux ans.  La grande majorité de cette population illégale est composée de Latinos.       

S’intéresser au vote ethnique et plus particulièrement au vote des Latinos pour comprendre les résultats nécessite en fait de s’appuyer sur deux spécificités. La première repose sur le fait que l’élection présidentielle se joue dans chacun des 50 Etats où  tout candidat qui y emporte le vote populaire gagne également l’ensemble des voix de « Grands Electeurs » -- dont le nombre varie en fonction du poids démographique de l’Etat.  Devient ainsi président le candidat qui réunit le plus grand nombre de suffrages au niveau du collège électoral (538 personnes).  La deuxième spécificité relève de l’analyse des experts des élections qui avaient identifié, bien avant les élections, les Etats bleus (favorable au parti démocrate) et les Etats rouges (favorable au parti républicain) --une catégorie d’ Etats  ne présentant aucun enjeu pour les élections--  et qui avaient repéré une dizaine d’Etats qualifiés de swing states (Etats-pivot) où le vote était en quelque sorte incertain.  Une analyse approfondie de ces Etats-pivot (localisés dans le Sud et l’Ouest) et centrée sur l’échelle du comté comme en Floride, au Nevada et au Colorado, autorise à souligner le poids du vote des villes et des banlieues pour la victoire du candidat Obama.  En Floride, les comtés du nord peu urbanisés ont voté républicain alors que ceux du sud en raison d’une croissance démographique des villes et banlieues marquée par la diversité raciale et ethnique  –suite notamment à des flux migratoires internes au pays et en provenance de l’étranger - ont voté démocrate.  Aussi juger de la performance ethnique s’avère indissociable de l’ancrage résidentiel des électeurs.  

Depuis la période du New Deal,  le parti démocrate avait toujours compté sur les villes (multiculturelles et multiraciales) et le parti républicain sur les banlieues (principalement habitées par les blancs).  L’élection présidentielle de 2012 a confirmé (notamment pour les Etats à pivot) les résultats du recensement de 2010 qui notait que les minorités ethniques représentaient désormais 35% de la population des banlieues, un chiffre équivalent à leur pourcentage au sein de la société américaine.  Aussi plutôt que de dire les Latinos ont assuré la victoire d’Obama il serait plus juste de dire que les minorités ethniques et raciales résidant dans les villes et les banlieues des Etats à pivot ont assuré avec une partie du vote blanc la victoire du président Obama.  Insérer la dimension territoriale d’un fait social, politique ou économique représente une des particularités de la recherche menée par le CREDA.        

CGG, 18 février 2013

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